
Nous passons 80 % de notre temps à communiquer, et pourtant, nous avons rarement appris à le faire. Trop souvent, nos échanges ressemblent à des duels : on argumente pour avoir raison, on lance des reproches comme des flèches, ou on s'emmure dans un silence chargé de non-dits.
En conséquence, les projets stagnent, les équipes s'épuisent et les relations s'effritent. C’est l’intérêt de la CNV, ou Communication Non Violente. Ce type de communication propose de passer d'une culture de la critique à une culture de la connexion.
À travers cet article, découvrez comment la Communication Non Violente peut améliorer la cohésion de votre équipe et booster la performance de cette dernière.
Créée dans les années 1960 par le psychologue américain Marshall Rosenberg, la Communication Non Violente n’est ni une méthode de manipulation douce, ni une philosophie new age. C’est avant tout un processus de communication consciente, conçu pour favoriser l’empathie, la clarté ainsi que la coopération.
Mais pourquoi parler de « piliers » ? En effet, la CNV repose sur une structure simple, mais puissante : quatre étapes interdépendantes, qui forment l’ossature d’un échange authentique.
Comme les piliers d’un pont, si l’un fait défaut, tout risque de s’effondrer. Et contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la « non-violence » de la CNV ne concerne pas seulement les grands conflits, mais aussi les micro-agressions verbales, les jugements implicites, les non-dits toxiques… bref, tout ce qui, au quotidien, use les relations.
Ces quatre piliers, souvent résumés par l’acronyme OSBD, sont :
Simple en théorie ? Oui. Facile à appliquer ? Pas toujours. Mais avec un peu de pratique – et surtout, de bienveillance envers soi-même, c’est un outil redoutablement efficace, que l’on soit manager, collègue, salarié, parent… ou simplement humain.
Contrairement à certaines approches communicationnelles qui se concentrent sur la « bonne façon de parler », la CNV met l’accent sur l’intention derrière les mots : sommes-nous dans une logique de jugement (« Tu es irresponsable ») ou dans une logique de connexion (« Quand je vois le rapport non rendu à l’heure, je me sens inquiet, parce que j’ai besoin de fiabilité ») ?
Et c’est précisément cette intention qui fait la différence entre un échange qui divise… et un échange qui transforme.
La Communication Non Violente n’est pas réservée aux thérapeutes, aux médiateurs ou aux adeptes du silence contemplatif.
Elle est avant tout une compétence relationnelle, aussi utile dans un entretien d’évaluation qu’autour de la table du petit-déjeuner. En entreprise, en particulier, ses applications sont immédiates et souvent sous-estimées.
Donner du feedback sans briser la motivation ? Gérer un conflit d’équipe sans prendre parti ? Clarifier des attentes floues ? Tout cela devient possible quand on remplace les jugements par des observations et les reproches par des besoins exprimés.
Dire « Je suis débordé » au lieu de « Tu me charges toujours tout en dernière minute » change radicalement la donne. Cela désamorce la défensive, ouvre l’espace au dialogue… et augmente les chances d’obtenir un vrai soutien.
Elle permet de co-construire des cadres de dialogue respectueux, de former à l’écoute active, et de transformer les réunions souvent vécues comme des obligations en espaces de co-création.
Et au-delà du monde pro ? La CNV fonctionne tout aussi bien en couple, avec ses enfants, dans les relations amicales, voire dans les interactions citoyennes (oui, même avec votre voisin qui tond sa pelouse à 8 h un dimanche matin).
Car au fond, qu’il s’agisse d’un désaccord stratégique en réunion ou d’une dispute sur la vaisselle non faite, le mécanisme émotionnel est le même : un besoin non entendu, une émotion mal exprimée, une demande déguisée en reproche.
La CNV ne résout pas tous les problèmes… mais elle transforme radicalement la façon dont on les aborde.
Avant d’aller dans les détails de chaque pilier, prenons un peu de recul. La CNV repose sur un mouvement double :

Et ce double mouvement s’appuie sur quatre étapes précises, toujours dans le même ordre : Observation, Sentiments, Besoins, Demandes.
Pourquoi cet ordre ? Parce qu’il suit la logique naturelle de l’expérience humaine :
Pourtant, dans la communication courante, on saute souvent directement de l’observation au jugement :
« Tu es irresponsable »
« C’est toujours moi qui fais tout »
« Tu ne m’écoutes jamais »
Ces phrases, bien que familières, sont toxiques. Pourquoi ? Parce qu’elles mélangent faits, interprétations, émotions non nommées et exigences implicites. En fin de compte, l’autre se sent attaqué, se referme… et le problème initial reste entier.
La CNV, elle, propose une grammaire de la vulnérabilité constructive. Regardons de plus près chaque pilier.

L’observation, en CNV, n’est pas ce que vous « voyez » subjectivement. C’est ce que n’importe quelle personne neutre constaterait dans la même situation. L’objectif est d’éviter de charger l’échange dès la première phrase avec des jugements déguisés en faits.
Formulez comme si vous étiez un témoin extérieur ou une caméra. Restez dans le concret, le mesurable, le récent.
❌ « Tu ne fais jamais d’efforts en réunion. »
✅ « Lors des trois dernières réunions d’équipe, tu n’as pas pris la parole, même quand je t’ai posé une question directe. »
❌ « Tu es irrespectueux avec les clients. »
✅ « Ce matin, lors de l’appel avec le client X, tu as interrompu la conversation trois fois sans attendre qu’il ait fini sa phrase. »
Ce n’est pas une question de « politesse » : c’est une question de précision. Plus l’observation est neutre, plus l’autre pourra l’entendre sans se sentir attaqué, et donc, plus vous aurez de chances d’être écouté.
Beaucoup de gens pensent exprimer un sentiment quand ils disent : « Je me sens mal compris », « Je me sens trahi », ou « Je me sens ignoré ». Or, ce ne sont pas des émotions, ce sont des interprétations de ce que l’autre aurait fait (ou pas fait).
En CNV, un véritable sentiment est une émotion pure : joie, peur, colère, tristesse, espoir, frustration, soulagement, etc.
Nommer précisément ce que vous ressentez permet :
Utilisez un vocabulaire émotionnel riche. Au lieu de « Je me sens mal », demandez-vous :
❌ « Je me sens manipulé. »
✅ « Quand tu changes d’avis après avoir dit ‘oui’, je ressens de la confusion et de la frustration. »
❌ « Je me sens attaqué. »
✅ « Entendre ce ton sec m’a mis mal à l’aise, je me sens tendu et inquiet. »
Si vous avez du mal à identifier vos émotions, gardez une liste de sentiments à portée de main (nous en proposerons une en fin d’article !).
Ici, on touche à l’essence même de la méthode. En CNV, tous les sentiments découlent de besoins satisfaits ou insatisfaits. Et ces besoins ne sont pas des caprices : ce sont des aspirations humaines universelles, partagées par tous les êtres humains, quel que soit leur âge, leur culture ou leur poste.
Quelques exemples de besoins fondamentaux :
Beaucoup confondent le besoin avec la stratégie (ou solution) pour y répondre.
❌ « J’ai besoin que tu répondes à mes emails dans l’heure. » → Ce n’est pas un besoin, c’est une stratégie.
✅ « J’ai besoin de sécurité et de clarté dans nos échanges. C’est pourquoi j’aimerais qu’on trouve un accord sur les délais de réponse. »
Identifier le vrai besoin derrière une réaction permet de sortir du duel (« Moi contre toi ») pour entrer dans la co-création (« Nous contre le problème »).
La prochaine fois que vous vous sentez en colère, frustré ou déçu, demandez-vous :
« Quel besoin en moi n’est pas respecté en ce moment ? »
Souvent, la réponse ouvre une porte vers une solution inattendue et plus durable.
La demande, en CNV, n’est pas une injonction. C’est une invitation claire, positive et réalisable à une action concrète avec la possibilité explicite de dire non.
❌ « Arrête de me couper la parole. » (négatif, flou)
✅ « La prochaine fois que je parle en réunion, pourrais-tu attendre que j’aie fini ma phrase avant de réagir ? »
❌ « Sois plus présent. » (vague, interprétatif)
✅ « Serait-il possible qu’on se bloque 15 minutes tous les vendredis pour faire un point rapide ? »
C’est là que la CNV brille vraiment. Un « non » n’est pas un rejet, mais une fenêtre vers un autre besoin. Plutôt que de réagir avec frustration, vous pouvez demander :
« J’entends ton ‘non’. Pourrais-tu me dire ce qui te pose problème avec cette proposition ? »
Ce simple geste transforme un mur en pont.
La Communication Non Violente ne se résume pas à une formule magique à réciter en boucle.

Elle repose sur deux postures complémentaires, comme deux faces d’une même pièce :
Beaucoup pensent que la CNV, c’est surtout « parler gentiment ». En réalité, écouter avec empathie est souvent plus transformateur et plus difficile que de bien s’exprimer. Voyons pourquoi, et surtout, comment.
Quand vous utilisez la CNV pour vous exprimer, vous adoptez une posture de vulnérabilité assumée. Vous ne cherchez pas à gagner, à avoir raison, ou à faire plier l’autre. Vous cherchez à être entendu et à préserver la relation.
Reprenons notre acronyme, mais cette fois en le mettant en musique :
« Quand je vois/entends [observation neutre],
je ressens [sentiment],
parce que j’ai besoin de [besoin universel].
Serait-il possible que [demande claire, positive, réalisable] ? »
Exemple en contexte pro :
« Quand je reçois un rapport à 18 h un vendredi soir [observation],
je me sens submergé et un peu frustré [sentiments],
parce que j’ai besoin de prévisibilité et de temps pour traiter les livrables [besoins].
Serait-il possible de convenir d’une heure limite hebdomadaire pour les envois, par exemple le jeudi à 16 h ? [demande] »
Ce n’est pas seulement ce que vous dites, mais comment vous le dites :
❌ « Je me sens stressé quand tu changes les dates sans prévenir. » → Le « tu » est encore accusateur.
✅ « Quand les dates changent au dernier moment, je ressens du stress, parce que j’ai besoin de stabilité pour organiser mon travail. »
Si s’exprimer demande du courage, écouter avec empathie demande de la discipline. Car notre premier réflexe, face à une émotion ou un conflit, est rarement d’écouter : c’est de rassurer, conseiller, corriger… ou fuir.
En CNV, l’empathie n’est pas de la compassion, ni de la solution immédiate. C’est la capacité à se brancher sur le vécu de l’autre, sans y mêler le sien.
Méfiez-vous des phrases qui semblent empathiques mais recentrent sur vous :
« Moi aussi, j’ai vécu ça… » → C’est de la sympathie, pas de l’empathie.
« Tu devrais essayer ceci… » → C’est du conseil, pas de l’écoute.
L’empathie pure dit : « Je suis là, dans ton monde, pas dans le mien. »
Imaginons un conflit classique en entreprise : un collaborateur reproche à son manager de ne jamais valider ses propositions.
Version « classique » :
« Vous ne prenez jamais mes idées au sérieux. Je me donne du mal pour rien. »
→ Le manager se sent attaqué, se justifie et le dialogue se bloque.
Version CNV (s’exprimer + accueillir) :
Collaborateur (s’exprime) :
« Ces deux dernières semaines, j’ai envoyé trois propositions par email, et je n’ai eu aucun retour [observation].
Je me sens découragé et un peu invisible [sentiments],
parce que j’ai besoin de reconnaissance pour mon travail et de savoir si je suis sur la bonne voie [besoins].
Serait-il possible qu’on se fixe un créneau court chaque semaine pour faire un point sur mes livrables ? [demande] »
Manager (accueille avec empathie) :
« Si je comprends bien, tu te sens découragé parce que tu n’as pas de retour, et tu as besoin de reconnaissance et de clarté ? »
(Silence. Le collaborateur hoche la tête.)
« Merci de me le dire. J’étais effectivement débordé, mais ce n’est pas une excuse. Je peux t’accorder 10 minutes tous les mardis à 10 h. Est-ce que ça te conviendrait ? »
→ Le besoin est entendu, une solution concrète émerge, et la relation se renforce.
Il faut noter que la CNV n’efface pas les désaccords. Mais elle change la qualité de l’espace dans lequel ils sont traités.
En Communication Non Violente, il existe une frontière subtile mais cruciale entre une demande et une exigence. Elle tient en une seule chose : la place laissée à l’autre pour dire “non”.
Une exigence est une injonction déguisée : elle suppose que l’autre doit obéir, sous peine de désapprobation, de colère, de retrait affectif ou de conséquences professionnelles implicites.
Une demande, au contraire, est une invitation ouverte, formulée avec la pleine conscience que l’autre est libre de refuser et que ce refus sera entendu comme une expression légitime de ses propres besoins.
Pour qu’une demande soit réellement une demande (et non une exigence masquée), elle doit remplir trois critères :
❌ « Sois plus réactif. » → Vague, négatif, subjectif.
✅ « Pourrais-tu me renvoyer un retour écrit sur cette proposition d’ici jeudi midi ? » → Spécifique, positif, réalisable.
❌ « Arrête de m’envoyer des messages à 20 h. » → Négatif, imprécis.
✅ « Serait-il possible qu’on limite nos échanges professionnels à la journée de travail, disons jusqu’à 19 h ? » → Clair, respectueux, négociable.
L’objectif n’est pas de « faire comme si » on laissait le choix, mais de vraiment l’offrir et d’être prêt à entendre un refus sans basculer dans la frustration ou le jugement.
Le vrai test d’une demande CNV, ce n’est pas quand elle est acceptée, c’est quand elle est refusée.
Un refus n’est pas un échec. C’est une fenêtre précieuse sur les besoins de l’autre. En réagissant avec curiosité plutôt qu’avec déception, vous transformez un obstacle en opportunité de co-construction.
Ce processus ne garantit pas toujours un accord immédiat, mais il préserve la relation, renforce la confiance et ouvre la voie à des solutions plus durables.
En effet, la liberté nourrit l’engagement. Quand un collaborateur sent qu’il a le droit de dire non et que ce non sera respecté, il est bien plus enclin à dire oui de manière authentique. Pas par peur, mais par volonté.
Et c’est exactement ce que cherche un bon manager : non pas des exécutants obéissants, mais des partenaires responsables, connectés à leurs propres choix.
La Communication Non Violente est un cadre adaptable, dont la puissance se révèle lorsqu’on l’ajuste au contexte, aux enjeux et aux relations en jeu. Voyons comment elle s’incarne concrètement dans quatre sphères clés : l’entreprise, la vie personnelle, l’éducation, et la médiation.
Dans le monde professionnel, la CNV est un outil de performance relationnelle. Elle permet de désamorcer les tensions avant qu’elles ne deviennent toxiques, et de transformer les interactions en leviers de coopération.
Les émotions courent plus vite que la raison à la maison. La CNV offre un cadre simple pour sortir des boucles de reproches.
La CNV en famille ne vise pas la perfection, mais la restauration du lien – même après une mauvaise journée.
Les enseignants sont en première ligne des relations humaines complexes. La CNV les aide à sortir du dualisme « autorité vs permissivité » pour incarner une autorité bienveillante.
En situation de crise (conflit social, crise managériale, rupture relationnelle), les émotions sont à fleur de peau, les jugements omniprésents et la communication souvent rompue. C’est précisément là que la CNV devient un outil de médiation puissant.
Au regard de ce qui précède, la Communication Non Violente est un outil pratique, structuré et profondément humain conçu pour transformer la qualité de nos échanges, qu’il s’agisse :
En entreprise, où la pression, les enjeux et les personnalités se croisent quotidiennement, la CNV offre un cadre clair pour désamorcer sans éviter, exprimer sans agresser, et écouter sans juger.
Elle ne remplace pas les process, les objectifs ou la rigueur. Au contraire, elle les rend plus efficaces en consolidant le socle relationnel sur lequel toute performance collective repose.
Mieux vous pouvez compléter la communication non violente peut en entreprise par des programmes de reconnaissance et de récompense.
Perkflow par exemple vous permet d’automatiser et d’offrir des récompenses de manière proactive à vos collaborateurs.